Lexique identitaire

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CERCLE TERRE D'AUVERGNE

On pourra reprocher aux générations massivement arvernophones du passé de n'avoir pas fait ce qui leur eût été facile : recueillir le trésor de la langue auvergnate. Il eût suffi avant 1914 d'une personne diligente par canton. Il eût fallu aussi une curiosité un peu moins sporadique envers le patrimoine ethnographique vernaculaire et, puisque l'Auvergne en a eu, quelques personnes de volonté ferme, faisant fi du mépris et des intimidations pour affirmer le droit à la perpétuation de l'héritage auvergnat et le mettre en pratique dans sa vérité. Apparu à la période d'agonie de la langue parlée, le Cercle terre d'Auvergne a déployé un effort systématique pour pallier ces lacunes en couvrant tout le champ de "la langue auvergnate et de la civilisation populaire régionale" selon les termes de son sous-titre. Association privée non subventionnée, il a accumulé à force de bénévolat, d'économies et de sacrifices une oeuvre sans précédent dans tous ces domaines, en ayant pour seul objectif la défense et illustration de ce qui est proprement auvergnat - mais au sens le plus large - , en privilégiant toujours le travail productif et la création, en ne se laissant jamais égarer par le combat indispensable contre les idéologies sans racines du XX° siècle. ABREGE HISTORIQUE
  • Fondé en 1970, dans la confusion des esprits qui suivit le bouleversement de 1968, d'où l'appellation initiale inappropriée de "Cercle occitan d'Auvergne - Auvernha Tara d'oc". Cette ambiguïté entraîna une crise provoquée de l'extérieur en 1972. En définitive, elle eut des conséquences très positives : l'asservissement à l'occitanisme ayant été rejeté, les buts furent clarifiés, les efforts stimulés pour faire face au danger de négation de la langue auvergnate, le travail fut approfondi pour mieux cerner la spécificité irréductible de notre héritage linguistique et culturel et pour l'illustrer sans compromis, suivant une ligne résolument apolitique.
  • Les années 1972 - 1978 sont marquées par une activité intense d'enquêtes, de réunions, de conférences et surtout de publications au service d'une priorité absolue : la défense et illustration de la langue : création du Concours scolaire Eugène Chambon (1973), de la revue Bïzà Neirà (1974), premières grammaires d'ensemble (encore incomplètement dégagées de "la langue d'oc" et de "l'occitan") et mémentos locaux, exhumation de textes du passé (par exemple les Textes populaires clermontois du XIX° siècle en auvergnat", issus des travaux du Groupe de Recherche du Cercle), création (plusieurs recueils de poésie), intense activité pédagogique appuyée sur le soutien du CRDP de Clermont (dirigé par M. Jean Cohade) qui publia un cours par correspondance, de nombreuses brochures, hébergea le Fichier onomastique de l'Auvergne, organisa des journées pédagogiques très fréquentées en différents lieux de l'académie. Le Cercle entreprit aussi en cette période une politique de colloques, journées d'études et rencontres dont les Actes furent publiés.
  • De 1978 à 1981, dans l'atmosphère irrespirable créée par la montée du soixante-huitardisme le plus agressif, qui utilisait les langues régionales comme un bélier auxiliaire, le Cercle se rend compte que la langue, si importante soit-elle, n'est qu'une partie de la civilisation et que celle-ci, inscrite dans le pays, n'a d'avenir que si celui-ci en a : d'où l'élargissement des horizons, le début des excursions culturelles, la participation prépondérante à "Levant", groupe de réflexion sur l'Auvergne et les questions régionales que la malignité du temps et l'emprise des propagandes priva de l'intérêt qu'il aurait dû susciter. De 1978 à 1980 paraissent les 3 tomes du Grand dictionnaire français - auvergnat de Pierre Bonnaud, premier dictionnaire d'ensemble de la langue.
  • De 1981 à 1984, années noires : le soixante-huitardisme triomphant fait avaliser les prétentions du groupe de pression BBCCO (basque, breton, catalan, corse, occitan), l'inique circulaire Savary de 1982 crée le concept - stupéfiant en régime démocratique - des "cinq langues privilégiées", fait perdre sur le tapis vert une grande partie des positions gagnées sur le terrain, sans même que les favoris du moment puissent en profiter tant ils sont rares en Auvergne. Deux années de luttes épuisantes pied à pied qui se terminent par l'arbitrage rectoral de 1984, accepté par le ministère, garantissant la séparation de la filière auvergnate et de la filière "occitane".
  • Mais trop de temps avait été perdu, le public écoeuré par la politisation des questions régionales s'en détournait, la notion de patrimoine changeait de contenu, la société, sous la pression d'un appareil tout puissant de conditionnement médiatique s'orientait vers l'ultra-modernisme. Dans cette atmosphère de marginalisation, dont le seul intérêt était d'être moins agitée que la période précédente, le Cercle, qui avait pris son nom définitif en 1983, se dédiait à un travail de fond caractérisé par :
Une création littéraire en langue auvergnate par l'intermédiaire des concours littéraires Eitialada et de la revue Bïzà Neirà, vecteur qui avait rassemblé progressivement tous les écrivains en langue auvergnate.
L'illustration de grands thèmes de civilisation vernaculaire : colloque Vigne de toujours en Auvergne (1989), journées d'études des centenaires d'Henri Pourrat (1987) et Lucien Gachon (1994), séries d'articles sur ces thèmes dans Bïzà Neirà (les races bovines et l'élevage, la vigne, les pays d'Auvergne ["A travers l'Auvergne]...).
La publication des grands ouvrages sur la langue : Les parlers du Puy-de-Dôme de K. H. Reichel (1991), la Grammaire générale de l'auvergnat de P. Bonnaud (1992), le Nouveau dictionnaire général français - auvergnat de P. Bonnaud (1999). Ainsi est exécuté point par point (et au-delà) le programme qu'avait exposé Tailhandier en 1733 et dont rêva C. A. Ravel au XIX° siècle. Ou encore se réalise la prophétie bretonne de Gwenc'hlan : "Avant la fin du monde, la plus mauvaise terre produira le meilleur blé".
RESULTATS ET PERSPECTIVES La question du renouvellement et de la perpétuation du noyau arvernisant qui a tant accompli, mais qui vieillit, est à terme le souci essentiel. Mais tant que ce groupe existe et peut agir, il lui reste à explorer les vastes chantiers ouverts par ses deux acquis fondamentaux :
  • L'auvergnat est une langue - charnière , entièrement autonome (en fait indépendante) au coeur de l'espace gallo-roman. De par la conservation de traits que l'on retrouve au Nord et au Sud, à l'Est et à l'Ouest, il offre des perspectives de compréhension et de connaissance dépassant très largement ses limites.
  • Son aire privilégiée de relations est la France médiane qui n'est pas un "ventre mou" civilisé incomplètement par le Nord et le Midi, mais qui :
a su sélectionner leurs interférences et les modifier pour les assimiler à sa nature propre;
a su développer ses particularités propres, tant linguistiques que de civilisation, nullement inférieures à celles des autres parties de la France; par sa constance maintes fois soulignée par des observateur de tout horizon, l'Auvergne est un conservatoire de faits et de données qui permettent de mieux cerner et mettre en valeur cet espacemédioroman.
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