Lexique identitaire

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VOCABULAIRE. LES TROIS VOCABULAIRES AUVERGNATS

Langue - charnière à la rencontre du Nord et du Sud, de l'Ouest et de l'Est, mais vraie langue qui a son fonds propre et qui trie ce qu'elle accepte et ce qu'elle rejette, adapte les emprunts en les transformant profondément, nullement idiome hybride, la langue auvergnate a un vocabulaire particulièrement riche et diversifié. Il faut cependant distinguer la fausse monnaie de la bonne: les mots de français patoisé intrus dans les patois sont en fait un appauvrissement de la langue et les aspects multiples que les variations phonétiques donnent à un même mot, fût-il tout à fait indigène, s'ils ont des significations linguistiques d'intérêts divers, ne sont nullement une richesse lexicale, sauf lorsque l'auvergnat a nuancé les significations en même temps que les formes. Il n'est pas difficile de reconnaître les mots caractéristiques et pratiquement pan-auvergnats qui différencient clairement notre langue de tout autre idiome gallo-roman: ainsi faure: forgeron, différent du fèvre septentrional (langue d'oïl) comme du fabre méridional (langue d'oc), pïtâ / peitâ / apeitâ:attendre (latin adspectare, italien aspettare), différent du français comme de l'espérâ méridional. Ces exemples ne sont ni des exceptions, ni même des raretés. Néanmoins, dans le fonds authentique de l'aire auvergnate, on peut reconnaître trois subdivisions lexicales correspondant manifestement à des courants de romanisation. 1. Septentrionale, englobant l'arverno-bourbonnais et pénétrant profondément dans l'auvergnat septentrional, porté par les voies romaines de Lyon vers l'Ouest sur les marges intérieures et extérieures nord du Massif Central. Les correspondances avec la Cisalpine (gallo-italique) sont nombreuses et convaincantes. 2. Rhodaniennes, remontant le Rhône vers les diverses parties de l'Auvergne et apportant un stock à la fois péninsulaire et cisalpin. 3. Duranienne, correspondant à la partie auvergnate du bassin de la Dordogne. Il est plus difficile de cerner ses tenants et aboutissants. La nette différence entre l'auvergnat mauriacois et le guyennais aurillacois incite à ne pas surestimer le rôle du courant narbonnais. Il conviendrait d'explorer la piste du "grand limousin" originel (Centre-Ouest) où a pu s'individualise un fonds médioroman occidental pendant la longue phase de romanisation. On peut remarquer que le Mauriacois a eu des relations longues et profondes avec la Centre-Ouest: l'architecture religieuse, les courants de migration, les échanges connus le montrent de façon convaincante. Enfin, il ne faut pas oublier, création purement autochtone, les "formations expressives", d'étymologie incertaine, mais immédiatement saisies par les Arvernophones, qui peuvent surgir n'importe où, mais qui sont une véritable spécialité des parlers limagnais, parmi lesquelles des mots d'argot, conséquence connue de l'urbanisation et de ses différenciations sociales.
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